vendredi 14 juin 2019

Neuvième lettre envoyée de Tokyo à Qingdao

Jun :
C'est affreux ! J'ai déjà battu le record aujourd'hui d'avoir rempli plus de dix feuillets. J'en éprouve une grande joie. Mais à l'instant même où je t'écris, un grand vent se lève au dehors et il pleut, la lampe a eu plusieurs fois des faiblesses. Il m'est venu une impression bizarre : et si c'était un tremblement de terre ? Trente mille caractères correspondent déjà à vingt-six feuillets. La foudre n'est pas tombée ! Ce n'était vraiment que des pensées puériles. Mais à vrai dire, je ne me sens pas tranquille, sans doute parce que "tu" n'es pas à mes côtés ?
La lampe s'est encore une fois éteinte. A l'extérieur, les coups de tonnerre donnent l'impression qu'on fend quelque chose!...Il me vient immédiatement à l'esprit un nouveau thème à traiter.
Avant, j'étais indifférente quand il tonnait, maintenant, au contraire, à chaque coup mon âme frémit.
L'âme des gens menus doit certainement être insignifiante, c'est la raison pour laquelle je n'ai aucune estime pour ma personne. J'ai un faible pour ce qui est brut, gros !...
Il est déjà dix heures à ma montre, j'ignore si à l'endroit où tu te trouves il fait aussi du vent et il pleut ?
La lampe vient à nouveau de s'éteindre.
Il ne me reste plus qu'à te souhaiter le bonsoir et à poser ma plume.
Yin
Un soir d'été japonais en août.

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samedi 4 mai 2019

Xiao Hong's news

https://supchina.com/2019/04/23/poetry-month-xiao-hong-dai-wangshu/

https://www.undernierlivre.net/xiao-hong-souvenirs-de-hulan-he/

Huitième lettre-envoyée de Tokyo le 30 août 1936

Jun,
Depuis plus de vingt jours, j'éprouve des difficultés respiratoires, mis à part la nuit dernière où j'ai été tranquille, c'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, j'ai réussi à remplir avec grand plaisir une dizaine de feuillets d'un manuscrit.
Je ne l'ai annoncé à personne d'autre.
A cause des morsures de moustiques, j'ai de grosses cloques sur les jambes et le ventre.
Yin
La soirée du huit août.

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mardi 2 avril 2019

Suite et fin de la septième lettre

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Manger de la pastèque en quantité et la finir d'un coup n'est pas bon, il est préférable d'attendre un peu avant d'en reprendre.
Tu me dis que je vais rentrer bientôt, c'est ce que tu penses de moi n'est-ce pas ? En ce cas je ne te ressemble pas puisque je compte rester au Japon une dizaine d'années.
Je n'ai pas envoyé de lettre à Shu pour la bonne raison que j'ai oublié son adresse, elle habite au dix ou au quinze de la rue Shangpu ? Plutôt au quinze, non ? J'allais justement te poser la question, tu me confirmeras le numéro la prochaine fois !.
Je ne t'écrirai qu'après le départ de Zhou et ne tiens pas à le faire par son intermédiaire ?
J'ai l'intention de terminer une nouvelle avant le vingt-cinq, mais je me demande si j'en suis capable, actuellement, j'en ai commencé une de trente mille idéogrammes. Je l'enverrai à la revue "Zuojia" en octobre. Une fois finie ce sera un conte pour enfants. Ecrire un conte par ci, un conte par là, à l'avenir, n'est pas mon but, je n'ose décemment pas le faire.
Je n'ai pas commencé à étudier le japonais je sais dire quelques mots simples mais pas de phrases. Le propriétaire est plutôt bien, en définitive, mieux que les propriétaires chinois.
Attends ! Je ne suis pas fixée sur tel mois ou tel jour mais je pense arriver à l'improviste. A ce moment-là, je pourrai dire que tu m'as laissée revenir.
Tu n'écris pas.
Yin
Le 7 août au soir.
Le meilleur pour toi.
Dans ta lettre, j'ai glissé une petite fleur que j'aime, cueillie par mes soins.

jeudi 14 mars 2019

Suite de la septième lettre

Aujourd'hui, j'ai reçu en même temps deux lettres écrites à ton retour du Mont Lao ; je n'imaginais pas que ce petit appareil-photo était aussi bon ! C'est vraiment extrêmement net, tout ressort avec beaucoup de netteté, mais attends et j'irai moi aussi me balader au Mont Lao.
C'est vrai, nous n'y avons jamais été ensemble, tu pensais le contraire ?
Ce grand portrait de toi, je ne peux que l'admirer, tu as de si grands yeux que j'ai l'impression de ne l' avoir jamais remarqué avant.
Les deux feuilles rouges ont déjà séché, je me souviens que tu me les as données au début de notre relation, par contre, je ne sais plus de quel arbre elles provenaient.
Meng m'a écrit et envoyé deux exemplaires de la revue "Zuo jia", il a corrigé des idéogrammes, changé des phrases et également ce qui constituait de véritables fautes.
"Les bouteilles sont grandes, d'un rouge brillant, à température ambiante, et très neuves, seulement.." Que veut dire ce "seulement" ? Je ne comprends pas.
Le ballon multicolore est dégonflé, c'est vraiment comique, tu as dû l'écraser.
Mais ce qui est encore plus drôle, c'est que tu devais être bien intentionné, non ? Qu'est-ce qu'il t'a pris ? Avoue que tu es parfaitement d'accord avec ce que je te dis.
Je n'ai ni grossi, ni maigri et me pèse tous les jours aux bains publics.
C'est exact, on est le vingt-sept, et cela fait un mois et sept jours que je suis là.
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mercredi 20 février 2019

Septième lettre envoyée de Tokyo le 27 août, reçue à Qingdao le 3 septembre 1936

Jun,

J'ai lié connaissance avec le fils de la propriétaire, enfant adorable aux très beaux grands yeux noirs, ne paraissant pas avoir plus de cinq ans mais mais déjà capable de m'enseigner des idéogrammes simples.
Ici, les moustiques sont si gros que j'ai l'impression de n'en avoir jamais vus avant.
Cette fois-ci, à la piscine, ma petite plaie à la main n'a pas guéri. Elle a enflé et me fait mal dès que j'y touche. En ce moment, je fais deux repas par jour, le petit déjeuner à un mao et le dîner à deux, ou alors, un mao cinq si je prends un petit pain ou une galette à midi. J'aurais aussi envie de manger des gâteaux mais d'être seule m' ôte tout désir de manger, de m'amuser et aussi de dépenser de l'argent. Tu vois, ici, je ne suis encore jamais allée dans un jardin public, pas plus qu'à Ginza qui est probablement un bel endroit, mais attendons un peu, lorsque je parlerai mieux le japonais, j'irai me promener partout.
Tu me dis que je prends du bon temps ! C'est ton avis, pas le mien , je ne fais que travailler, dormir, manger, ce qui n'est pas mal en soi, j'espère même travailler davantage. Or, je ne trouve pas cela suffisant, ce n'est pas une vie normale, j'ai l'impression d'avoir été bannie, de vivre en ermite. Tu n'es pas d'accord ? Si j'échangeais ma vie contre celle d'un autre, cela pourrait être le Paradis, non ? En réalité, j'y suis presque arrivée au Paradis.
Comment vas-tu ces temps-ci ? Tes lettres sont rares, est-ce que la mer a toujours cette couleur bleue ? Cette transparence ? De grosses vagues ? Et le Mont Lao s'élève-t-il toujours aussi droit ? Mes questions sont trop nombreuses.
J'ai répondu à ta lettre du six, comment se fait-il que tu ne l'aies pas reçue ? Je n'ai pas commencé à écrire d'articles mais un grand nombre de lettres. A part une lettre à ton arrivée à Qingdao et une datée du seize, je n'ai rien reçu d'autre, et aujourd'hui, cela fait un mois et six jours que je suis là.
Je m'arrête et reprendrai demain.

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mardi 4 décembre 2018

Sixième lettre envoyée de Tokyo le 22 août, reçue à Qingdao le 29.

Jun,
En ce moment, je vis à l'inverse de ce que tu me reprochais, je ne fume plus et ma chambre est bien rangée. Aujourd'hui, pourtant, j'ai fumé quelques cigarettes à moitié, il pleut encore, je n'ai toujours pas reçu de lettre de ta part et en plus, Hua s'apprête à repartir !. Et par-dessus le marché, ces derniers jours, j'ai eu de la fièvre toute la journée au point de me demander, si je n'avais pas attrapé la tuberculose, j'ai compris toute seule que ce n'était pas cela. Mais alors pour quelle raison étais-je fiévreuse ? A en avoir les articulations douloureuses ! Peu de temps après mon arrivée, la nuit, je me sentais mal, j'avais la bouche sèche et l'estomac gonflé...J'ai réalisé que ce devait sûrement être les effets de la fièvre ; il se peut que demain j'aille avec Hua chez son amie étudiante en médecine qui, elle, m'emmènera me faire examiner par un médecin, cela ne me coûtera pas cher, sans doute deux yuans. Si Hua s'en va ces jours-ci, il m'est impossible d'aller le voir seule, pas plus qu'avec Hua d'ailleurs puisqu'elle ne parle pas la langue, tu n'es peut-être pas encore au courant mais son père est gravement malade, elle, n'ayant pas assez d'argent, se voit obligée de rentrer. Probablement vers le vingt-sept.
Après son départ, merde, je vais à nouveau me retrouver sans une connaissance. Car, même si la cohabitation se passait bien, avec l'arrivée de son père souffrant, elle s'est vue dans l'obligation de déménager plus loin chez des amis.
Si mon moral et ma santé s'améliorent un peu, mon désir est de trouver du travail, puisque, en dehors de cela je ne vois ce que je pourrai faire d'autre. Mais aujourd'hui, je ne me suis pas sentie bien, j'avais comme l'impression d'avoir attrapé une insolation, j'étais fatiguée avec un mal de tête insupportable.
Tu ne m'as pas écrit, mon coeur palpite démesurément et le sang coule violemment dans mon corps.
Je te souhaite le meilleur
Yin (la nuit du 22, sous la pluie)
Tu achèteras un recueil de poésie de la dynastie des Tang et me l'enverras

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lundi 19 novembre 2018

Cinquième lettre envoyée le 17 août de Tokyo, arrivée le 22 à Qingdao

Jun,
Aujourd'hui, c'est la première fois que je m'éloigne autant, en réalité, je n'ai fait que trois ou cinq li. Mon idée était d'aller au quartier Jinbocho, aux librairies bien fournies et animées, mais comme je ne vois toujours pas l'intérêt de m'y rendre seule et de ne rien y acheter, je suis simplement revenue. Je ressens comme une impression d'étrangeté, les rues et les paysages sont vraiment très différents, dans ce qui pourrait ressembler au Parc Xujiahui de Shanghai, il y a un rivière toute noire sur laquelle il y a des bateaux abimés, et dessus, des femmes et des enfants. Ils sont aussi mal habillés. En outre, une odeur s'en dégage. J'imagine qu'à Paris existe également ce style de rivière !.
Cela fait plusieurs jours que tu traines un rhume, tu devrais le soigner, prends de l'aspirine et ça ira mieux !.
A présent, j'ai deux choses importantes à te dire que tu comprendras mieux après voir lu ma lettre ! La première chose est que tu dois t'acheter un oreiller plus mou, vas-y ne tarde pas ! Les oreillers durs ne sont pas recommandés pour les cervicales. Parle m'en dans ta prochaine lettre car sur les deux que j'achèterai, qui en plus d'être moelleux, sont bon marché, je t'en enverrai un. La deuxième chose que je voudrais que tu achètes est une sorte de drap en laine pareil à celui que j'ai emmené mais en plus épais, utilisé en guise de couverture. Si tu as la flemme de le faire, dis-le moi et je te l'enverrai. Encore un mot, n'oublie pas d'éviter de manger la nuit. Non, ce n'est pas bon. Ce que j'ai écrit ci-dessus est le plus important de ma lettre.
Le moment est venu d'utiliser ton appareil-photo et de m'en envoyer quelques-unes. Ici, j'éprouve davantage le sentiment de solitude que je pourrai combler en écrivant beaucoup.
C'est bon de revenir en terre connue surtout que la mer y est très belle ! Tu es sûrement déjà allé te baigner plusieurs fois, non ? Ma crainte est que tu aies enlevé les vêtements à la maison.
Dans ta prochaine lettre, donne-moi plus de détails; je peux te dire que je viendrai sûrement grâce à mes droits d'auteur. Tu l'appréhendes, non ? Pourtant, on passe du bon temps ensemble, à moins que ce ne soit simulé.
Prends deux livres au hasard que je n'aurais pas lus et envoie-les moi ! Ce n'est pas que je lise beaucoup mais lorsque la solitude me pèse, j'ai envie d'avoir de la lecture sous la main, je ne dis pas un mot de toute une journée et le fait de ne pas avoir d'idéogrammes sous les yeux m'est inhumain, je suis dans le même état que lorsque j'habitais toute seule à l'hôtel. J'ai assez d'argent pour acheter de quoi me nourrir mais pas pour le superflu.
Je te souhaite le meilleur.
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mercredi 31 octobre 2018

Quatrième lettre envoyée le 14 août de Tokyo 1936, arrivée le 21 à Qingdao

Jun,
Il s'est passé plusieurs jours depuis que j'ai reçu ta quatrième lettre qui m'a aussitôt rassurée par son ton joyeux et l'impression de bonne santé qui s'en dégageait.
J'ai déjà expédié trois chapitres de manuscrits, l'un d'une nouvelle, et les deux autres, d'un genre que je n'ai pas encore défini. En ce moment, je travaille aussi sur un écrit très court que je fragmenterai ou rallongerai, une fois terminé.
On est le 14, tu as dû déjà commencer à travailler, n'est-ce pas ?
Je suis contente que tu fasses autant honneur au poulet.
Tu m'imagines dépressive, n'est-ce pas ? En un an, je ne l'ai été qu'un mois.
Je n'ai pas besoin de t'envier puisque l'année prochaine, j'irai moi-même à Qingdao jouir d'un bonheur rafraîchissant. Je te ferai exiler sur l'ile du Japon.
Yin

Le pays étranger

La nuit : c'est le bruissement des arbres par-delà la fenêtre,
qui résonne à mes oreilles comme le tremblement du sorgho dans la campagne de ma terre natale,
mais non.
C'est le pays étranger,
C'est plutôt le claquement des socques qui, comme une marée, se fait parfois entendre.
Le jour : c'est ce ciel bleu marine,
semblable à celui de l'immense plaine de ma terre natale au mois d'août,
Mais non,
C'est le pays étranger
Où les cigales stridulent avec davantage d'intensité.

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dimanche 14 octobre 2018

Troisième lettre envoyée le 26juillet de Tokyo, arrivée le 31 à Shanghai

Jun :
Actuellement, je me sens triste ; j'ai envie de pleurer. Au moment de faire mon courrier, il n'y avait plus d'encre dans mon stylo-plume, et je n'ai réussi à en faire sortir qu'en pompant jusqu'au bout.
Au réveil, mon idée initiale était d'aller à la bibliothèque, en fait, j'ai préféré rester à la maison pensant écrire un peu mais le manque du bruit de tes pas dans l'escalier m'a empêchée de continuer.
En fin de compte, ici, il fait très chaud, en plus, je n'ai aucune occasion de parler avec des gens, ni de lire un livre ou même le journal ; mon moral est au plus bas et lorsque je me promène tout m'est inconnu : les rues et la langue.
Hier, je suis allée au quartier des librairies, Jinbocho, j'avais l'impression d'être totalement coupée d'eux, de me sentir trop étrangère, le claquement des socques qui emplissait la rue est un bruit auquel j'ai du mal à m'habituer. Je me demande comment je vais faire pour continuer de la sorte, avec cette impression d'être un militaire en garnison en Sibérie.
J'ai le cafard tout comme lorsque nous sommes arrivés à Shanghai, j'espère que petit à petit ça ira mieux, sinon, je crains de manquer de patience si je prolonge mon séjour. J'ignore si tu te prépares à partir ou non ? Je suis arrivée depuis prés d'une semaine et ne sais pas pourquoi tu ne m'as pas encore écrit.
Ke est revenu de voyage le 16.
C'est tout pour aujourd'hui, je sors manger ou me balader.
Yin

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jeudi 27 septembre 2018

Deuxième lettre envoyée de Tokyo à Shanghai

cigale_et_amarante-001.JPGLe 21 et le 27 juillet 1936,
Jun
Comment te sens-tu ces jours-ci ? Manges-tu comme il faut ? Est-ce que tu dors bien ? Pendant que j'emménageais, je pensais que si tu étais venu, mais ce n'est pas le cas, en voyant la belle natte tu y aurais certainement fait quelque roulade dessus, on se croirait dans une maison dessinée.
Ta lettre m'est bien parvenue parce que la propriétaire commence à me connaître.
Je ne suis pas encore allée au bord de la mer, j'irai toute seule plus tard.
Ma chambre est très bien rangée avec une table et une chaise plutôt convenables. Tout de même, je ressens un brin de solitude, c'est comme s'il me manquait un petit quelque chose !. Dans quelques jours, ça ira mieux.
De dehors, me parviennent le chant des cigales et d'étranges bruits de pas ; je n'ai pas envie d'écrire !. Peut-être vient-on m'appeler pour le repas !.
N'oublies pas de prendre tes médicaments, fais attention à ne pas trop manger ; je suis allée deux fois nager à la piscine mais pas à la mer à cause de mon état de faiblesse.
Le meilleur pour toi et tous nos amis !
Ying

dimanche 2 septembre 2018

Le voyage au Japon : correspondance avec Xiao Jun

Sur le bateau :
Le 18 juillet 1936,
Monsieur Jun,
La couleur de l'eau est déjà toute foncée, je me tiens à la proue, face à la mer et me demande comment j'ai pu oser traverser seule cet océan aussi vaste !.
Ce n'est qu'après le crépuscule que j'ai seulement pensé à t'écrire, jusque là, l'air de la soute étant irrespirable, je suis restée longtemps après mon départ avec l'envie de vomir en dépit des médicaments que j'avais avalés contre le mal de mer.
Maintenant le bateau va s'arrêter à Nagasaki où je compte descendre faire un tour. Ma lettre d'hier est restée totalement inachevée.
je t'écrirai à nouveau à mon arrivée à Tokyo !
Je te souhaite le meilleur !
Le bonjour à monsieur Yuan!
Yin
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samedi 11 novembre 2017

Les divagations de Xiao Hong-63-到达北京Arrivée à Beijing ( lettre du 25 avril 1937 écrite par Xiao Hong)

"A peine arrivée, je me suis mise en quête d'un toit, pas facile ! Par conséquent, j'ai pris un hôtel central à deux yuans la nuit. Mon idée était de chercher la maison des Zhou (Lu Xun), c'était bizarre, mais où la trouver ? Je me suis rendue en voiture à l'extérieur des murailles où j'ai demandé à des policiers qui m'ont dit que Taiping Qiao se trouvait bien à l'intérieur et qu'à l'extérieur, c'était autre chose. En effet, j'ai trouvé le n° 25 mais il n'y avait personne du nom de Zhou, pas plus qu'un autre d'ailleurs, seulement une boutique de céréales. Sur ce, j'ai retrouvé une maison où j'avais habité dans le temps que l'on avait transformée en appartements. J'ai cherché une dénommée Hu, ancienne camarade de classe, mais on m'a répondu qu'elle était déjà partie, probablement dans sa belle famille."

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vendredi 15 septembre 2017

Les divagations de Xiao Hong-63-Un liseré de diamants-钻石边界-

Elle se désolait que l'hiver ici manquait de gaité. Incomparablement plus doux que ceux de sa terre natale, elle lui trouvait une platitude indéfinissable. Où étaient ces paysages cotonneux où le moindre filet d'eau ressemblait à un liseré de diamants, la steppe à une immense courtepointe d'hermine, et les maisons à des cônes d'argent ? Cette ville la laissait comme dépossédée.
Pareille à une flambée de brindilles sèches, le sentiment d'euphorie qui l'animait ces derniers temps s'était brutalement évanoui. Lui avait succédé un vide plus que jamais douloureux.

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samedi 29 juillet 2017

Les divagations de Xiao Hong-62-Les bols de soupe-汤碗

Ils abordent une ruelle puante. Au-dessus de leurs têtes sèche du linge de pauvres enchâssé sur des perches de bambou, tendues d'une maison à une autre. L'arrivée de la nuit réveille une bise piquante. Ils pénètrent dans un boui-boui. Un cuisinier, coiffé d'une toque qui avait dû être blanche, recueille à l'aide d'une écumoire de tendres raviolis à l'enveloppe diaphane. La fumée s'échappe en volutes de la marmite et va se perdre dans le nuage bleuté en suspens près du plafond. Ils approchent de leur menton le petit bol fumant et boivent en silence le contenu bouillant du récipient.

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vendredi 16 juin 2017

Les divagations de Xiao Hong-61-Combattant pour la patrie-祖国

Elle voudrait s'épancher, mais l'homme aux sourcils rapprochés se soucie peu de ses états d'âme. Il ne parle que de gloire, de combats immédiats. Il veut, lui aussi, faire partie de ces gens qui luttent pour la patrie. Il se gargarise de mots grandiloquents. Déjà, elle perçoit l'abîme qui, chaque jour, les sépare d'autant. Un vertige s'empare d'elle...
Délibérément, elle coupe court à ses divagations.

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jeudi 25 mai 2017

Les divagations de Xiao Hong-60-Personnages-人物

Elle comprend que de cette observation naîtront de nouveaux personnages. Elle se repaît de ces présences obscures et inconnues. Elle ne rejette plus les particularités, mais sent monter en elle une sorte d'élan passionné pour l'être humain. Qu'il soit vil ou bon. Le malfrat est capable de pleurer en écoutant le son languissant du violon à deux cordes. Ce nabot qui a torturé leur ami à coup de crosse, est peut-être le meilleur des fils à la maison. La haine qui, peu de temps avant, l'habitait, semble s'être émoussée. Une transformation dont elle n'arrive pas à saisir les contours, s'opère graduellement en elle. La souffrance, la mort qu'elle a si souvent côtoyées, l'ont sans doute menée à la tolérance.

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mercredi 26 avril 2017

Les divagations de Xiao Hong-59-La maison de thé-茶馆

Par un escalier étroit qui grince à chaque pas, ils accèdent à la partie supérieure de la bâtisse. Les rayons faibles et dorés du couchant, filtrés par les fenêtres à claire-voie, confèrent à la salle une atmosphère presque mystérieuse. L'on croirait y voir comploter à tout moment les fantômes des compagnons de sociétés secrètes.
La menue jeune femme, assise sur un tabouret vétuste, promène à l'entour un regard d'abord discret. Elle savoure la boisson parfumée et réconfortante par petites gorgées. En cette saison, il fait bon se réfugier dans des endroits aussi populeux. Une odeur de transpiration, de corps mal lavés lui chatouille le nez. Elle fouille à présent ces faciès un par un. Visages burinés, douloureux, ridés, amènes, mélancoliques, émaciés, mafflus, anguleux. La variété de l'espèce humaine la surprend toujours. Jamais, elle ne s'était livrée à pareil exercice.

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mercredi 29 mars 2017

Les divagations de Xiao Hong-58-城市

La ville a perdu de sa hargne. Insensiblement, ils l'absorbent, l'assimilent et finissent par lui trouver un certain charme. En dépit du vent parfois mordant, ils aiment flâner le long de ce fleuve boueux et actif, à contempler la multitude de sampans qui danse entre les bateaux à fort tonnage. Ils délaissent leur réduit mal éclairé pour aller se fondre dans la cohue qui serpente parmi les constructions de bois acajou de la vieille ville. Ils suivent les méandres d'un passage bâti au-dessus d'un plan d'eau et aboutissent dans un pavillon érigé en son milieu. C'est une très ancienne maison de thé. Dedans, il y fait sombre. A peine si l'on distingue les clients attablés autour de petites tables basses. Les têtes s'inclinent sur des tasses à thé en céramique bistre, aspirent lentement le liquide brûlant. L'atmosphère est étouffante.

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lundi 6 mars 2017

Les divagations de Xiao Hong-56-Soir de fête-节日晚上

Cette nuit-là, pour la première fois, ils s'étonnent de la dureté du sommier. Aucun des deux ne parvient à se calmer. Fiévreusement, ils retracent seconde par seconde les événements de la soirée. Ils évoquent longuement la sincérité, la simplicité, la largesse d'esprit de cet homme qui les a si bien accueillis. Les échos qu'ils en avaient eu, alors dans leur petite ville du Nord-est, étaient bien ternes en comparaison du personnage réel.
Comme une fleur rabougrie par la soif retrouve de la vigueur à la moindre goutte d'eau, ils redécouvrent l'enthousiasme.
Cette nuit-là, elle ne se tourne pas. Elle ne résiste pas non plus à l' haleine tiède qui caresse ses joues, sa nuque...Et se coule au bas de son ventre. Tel le roseau qui fléchit sous la brise, elle ondule, se convulse et se laisse choir, vaincue. Le sommeil les foudroie.

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