Les divagations de Xiao Hong-46-Agitation-搅动

Loin d'être un apaisement, son compagnon n'est que trépidations, nervosité, fourmillement. Il est déjà ailleurs...La réponse du maître a flatté son ambition. Dès lors se croyant important, reconnu, il chasse craintes et inquiétudes et ne songe qu'à filer vers cet antre d'idées nouvelles et progressistes. Il évoque avec passion et détermination cette ville qui lui apparaît comme un phare dans ses errements.

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Les divagations de Xiao Hong-45-L'océan-海洋

Dans l'appartement toutes fenêtres ouvertes sur l'océan, le départ est imminent.
La malle en bois de camphrier, béante, laisse voir deux manuscrits mal reliés, posés à plat sur le tas de vêtements.
De la fenêtre, les grands yeux noirs soulignés de cernes mauves suivent l'immensité vert-bleu jusqu'à son ultime limite, juste à l'endroit où elle se dissout dans l'atmosphère. La menue jeune femme aurait voulu franchir immédiatement cette ligne impalpable pour y capter l'ombre d'un avenir, à son avis, encore trop lointain. Une nouvelle fois, elle est partagée entre un désir véhément de se débarrasser du présent et une volonté incoercible de prolonger un passé récent qu'elle estime heureux. Ces états de transition nuisent à sa santé. La toux sèche secoue à nouveau son petit corps chétif. La fébrilité agace son sommeil, par nature, léger.

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Les divagations de Xiao Hong-44-Lu Xun-鲁迅

Guanzhou_Luxun_.jpgDepuis longtemps déjà, cet homme se démène au milieu d'êtres sourds et aveugles. Il lance des appels désespérés contre l'apathie, l'inertie, la soumission d'un peuple déchiqueté par des chacals ivres de sang et de pouvoir. Il dénonce, scandalise, désapprouve, choque une bonne partie de ses contemporains. Beaucoup l'abominent, le condamnent, le flétrissent, le critiquent. Bien peu le comprennent. En dépit de la maladie incurable qui corrode ses entrailles, il reste fidèle à ses convictions et clame sans relâche son indignation. Ces jeunes exilés, naïfs et talentueux, le touchent. Il se prépare à éplucher leurs manuscrits.

Les divagations de Xiao Hong-43-Un écrivain célèbre-著名作家

Ailleurs, dans une métropole méridionale, un homme de Lettres, généreux et célèbre, s'engage à les aider. Sa correspondance, pleine de sagesse et de lucidité, brosse un tableau sévère de la situation politique et en particulier des écrivains.
"...Ce dont nous avons besoin actuellement, c'est d'une littérature engagée. Si l'écrivain est un combattant, ces écrits appartiendront de toute façon à la littérature de combat..."

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Les divagations de Xiao Hong-42-Orage-风暴

Au-delà du port, les nuages s'agglutinent en d'épaisses masses grises. La tunique légère colle à sa peau, gêne ses mouvements. Depuis peu, chaque jour, à la même heure, un orage éclate. Les soirées en solitaire la rendent mélancolique. Elle remplit l'appartement de gestes inutiles, vaporeux. Dans la nuit profonde, ils reprennent l'habitude des querelles. Des lignes sinueuses, annonciatrices de soucis, barrent le front plat et large de son compagnon. S'amenuisent lentement les chances de travailler. Le journal court à la dérive.

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Les divagations de Xiao Hong-41-plonger-跳水

Cet après-midi-là gronde l'océan tout proche. Prestement, elle retire les vieilles chaussures aux talons éculés qui la font ressembler à une paysanne. Le sable doré lui brûle la plante des pieds. Elle court sur le sable chaud vers les vagues et y plonge sans arrière-pensée. La sensation de fraîcheur l'étourdit. Un instant, elle croit étouffer. D'une brassée énergique, l'homme sûr de lui l'a rejointe. Ils se regardent, éclatent de rire. Plus loin, la tête de leur ami, seule, émerge à la surface, puis un bras s'allonge, et disparaît sous l'eau.

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Les divagations de Xiao Hong-40-Le camélia-茶花

Réapparaissent soudain le village de son enfance, les étés brefs mais denses, les hivers à rallonge, la guerre, les femmes violentées, les enfants mort-nés, les maris au coeur de pierre, la vie au jardin, les animaux, les odeurs, la solitude, la mort. Cette terre qui l'a blessée glisse tour à tour de la réalité à la fiction. Son esprit, mûri par ces année de tourments, s'épanouit comme une fleur de camélia sur la neige.

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Petit film sur Xiao Hong

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Les divagations de Xiao Hong-39-Qingdao-青岛

La bâtisse, à flanc de coteau, surplombe l'océan bleu nuancé de vert. Le temps coule doucement. L'homme aux sourcils rapprochés a trouvé un emploi au quotidien régional. Dès le matin, il s'absente. Sitôt que le soleil inonde la pièce, elle se met à sa table de travail. Le pinceau frise la feuille blanche qui s'embellit de colonnes de dessins arrondis et réguliers. Son corps n'existe plus. Elle devient souvenirs, sensations, images. Elle est dévorée par le désir d'écriture.

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Les divagations de Xiao Hong-37-L'arrivée-到达

Sur le pont se rassemblent les passagers, joyeux et allégés. Au loin, on discerne une dentelure de collines boisées, de courbes vagues et mouvantes. La menue jeune femme revit. Le regard songeur semble accroché à la ville encore nébuleuse, puis, de plus en plus massive. A nouveau, le long cri lugubre de la sirène. Tout à coup, la bousculade, les étreintes, les clameurs. Une silhouette amie troue l'anonymat. Elle retient ses mots mais son coeur chante. Les deux hommes se racontent, elle, ouvre ses grands yeux sur cette ville qu'elle aimait déjà.

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Les divagations de Xiao Hong-36- Le départ-出发

Son être entier vibre au long rugissement de la sirène. Elle serra plus étroitement le bras de son compagnon plein d'assurance. La coque brune du cargo au pavillon blanc orné d'un cercle rouge, lentement, presque interminablement, s'écarta du quai. Insensiblement, les visages familiers se perdirent pour devenir anonymes.
Dans la soute graisseuse, des amas de corps jetés sur des nattes dégoulinent de sueur. De gros rats à la queue annelée et au museau fouineur, frétillent parmi les balluchons aux impressions fanées. La petite femme a le coeur en capilotade. Elle contracte ses paupières. Elle ne veut plus voir, ni sentir cette odeur de vomi. Tout simplement, elle voudrait mourir.

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Les divagations de Xiao Hong-35-Sentiments de crainte-恐惧感

La menue jeune femme tourne et retourne dans son lit. Elle s'écoute respirer, croyant ainsi favoriser l'endormissement. Tout contre, le corps de l'homme aux sourcils rapprochés rappelait celui d'une poupée de son. Dans le fond de la pièce, la petite malle en bois de camphrier paraissait languir.
Sur l'écran noir de ses pensées, elle repasse inlassablement le film de ces derniers jours. Le magasin d'occasions où elle revend les divers ustensiles de cuisine pour une somme bien dérisoire. Les rendez-vous précipités avec des amis que l'on goûte plus intensément de manière à s'imprégner à jamais de leur quintessence. Les flâneries dérobées à la ville, désormais parcourue par des légions de nabots inquisiteurs. Tout cela, avec un sentiment mitigé de crainte et d'espoir qui déchire les entrailles.

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Les divagations de Xiao Hong-34-la belle shanghaïenne- 上海美女

Dans la ville soumise, ils fêtent leurs adieux chez des shanghaïens. La belle méridionale au teint d'abricot sourit dans une tunique de brocart. Ses boucles d'oreille en lapis-lazuli oscillent en cliquetant. La cambrure de ses reins se devine sous le vêtement soyeux. L'homme sûr de lui la serre de très près. La femme aux grands yeux noirs se rembrunit. Une insignifiante morsure la ronge, là, au creux de l'estomac. Et pourtant, l'assistance est chaleureuse mais discrète. Chacun invoque pour eux les dieux les plus favorables.
"Vous verrez là-bas la vie sera plus facile ; le climat y est plus doux, les gens moins méfiants, hâbleurs et rusés. Et au moins, vous serez une nouvelle fois des citoyens chinois...N'hésitez pas à aller trouver un tel ou tel..."
Ils ont déjà en main toute une liste de gens susceptibles de les aider et une maigre somme en poche.

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Les divagations de Xiao Hong-33-Jour de folie-疯狂一天

Campés devant la librairie à la devanture décolorée, des soldats s'activent à allumer un feu. Une lueur jaillit des volumes jetés en vrac. Bleue puis rouge, la flamme se fait bientôt dévoreuse. Tels des escargots qui se replient sous leurs coquilles, des pans entiers de pages se racornissent. Un dernier angle et le recueil se transforme en fines lamelles charbonneuses qui s'émiettent.
Au bout de la ruelle, un vieillard voûté s'éloigne, escorté par des hommes en tenue Kaki.
Sur les joues de plus en plus creuses roulent des larmes d'argent. Ramassée sur elle-même, la menue jeune femme s'abandonne à la rage et à l'impuissance. Tout est à recommencer.

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Les divagations de Xiao Hong-32-Le recueil-小说

Dans une cave aux murs salpêtrés et verdâtres, une machine dévide les pages d'un simple recueil. Au moindre bruit insolite, un homme en maillot de corps jauni de sueur, freine le moteur. Et à nouveau, le ronron rassurant. Chaque minute est précieuse. C'est demain le grand jour.
Le petit ouvrage, encore imprégné des émanations d'alcool, prend place sur les rayons engorgés. Le vieux libraire, au crâne pelé et aux lunettes d'écaille toutes rondes, n'est plus serein. La dernière visite de ces hommes casqués et bottés jusqu'aux genoux l'a rendu nerveux. Ils se sont même introduits jusque dans l'arrière-boutique et sont repartis en grognant dans un chinois à peine compréhensible : "Prends garde à toi." Il est sur le qui-vive, à présent certain de les revoir.

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Acaso es una fiel traducción del poema de Wen yiduo

Acaso estás de veras cansada de llorar. Acaso necesitas dormir Que callen los ruiseñores, Que no croen las ranas, ni vuelen los murciélagos.

Que no te hiera el sol los párpados Que la brisa no te roce las cejas, Que nadie te despierte Que proteja tu sueño la sombrilla de los pinos.

Acaso oír las lombrices torciéndose en el cieno Y las raíces de las yerbecillas absorbiendo el agua. Y acaso te parezca esta música Más bella que la voz humana que maldice.

Cierra, entonces, los ojos. Te dejaré dormir, te dejaré dormir. Te cubro poco a poco de tierra, Y quemo poco a poco lingotes de papel.

"Peut-être" est un poème de Wen Yiduo(1899-1946) en hommage à Pénélope Bourgeois

《也許——葬歌》

也許你真是哭得太累, 也許,也許你該睡一睡, 那麼叫夜鷹不要咳嗽, 蛙不要號,蝙蝠不要飛。

不許陽光撥你的眼廉, 不許清風刷上你的眉, 無論誰都不能驚醒你, 撐一傘松蔭庇護你睡。

也許你聽著蚯蚓翻泥, 聽這小草的根鬚吸水, 也許你聽著這般音樂, 比那咒罵的人聲更美。

那麼你先把眼皮閉緊, 我就讓你睡,我讓你睡, 我把黃土輕輕蓋著你, 我叫紙錢兒緩緩的飛。

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Les divagations de Xiao Hong-31-Le piège se referme-陷阱关闭

Chaque jour, des centaines d'individus sont persécutés, arrêtés sans rime ni raison. Au fur et à mesure que le temps passe, le piège se tend autour d'eux.
Une démarche trop désinvolte, un regard un peu trop effronté, une mise trop occidentalisée...Et l'on devient suspect. L'épouvante la paralyse, lui ôte la respiration. Fuyons, dit-elle d'une voix suppliante.

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Peur dans la cité mandchoue-恐惧满族城市

Pour les nabots, nul répit. Ils s'égayent dans la cité mandchoue. Un ami a disparu, c'est effroyable.
La jeune femme, pétrifiée, se terre dans un recoin de la chambre. Elle a peur de sortir, peur qu'on ne vienne la surprendre en pleine nuit, peur des livres qui s'empilent dans un coin, peur du portrait accroché au mur gris et lézardé. Elle a envie de tout brûler. D'un geste brutal, son compagnon lui saisit le poignet. Elle a mal, tente de se dégager...Puis s'effondre sur le lit miteux. Pourquoi rester dans cette souricière ?

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Les divagations de Xiao Hong-29- Un tour en barque-乘船

Lui, l'air conquérant, regarde fixement l'appareil. Il a les cheveux plaqués à la Rudolf Valentino et une raie, tracée avec application, juste au milieu de son crâne. Vêtu d'un pardessus de coupe occidentale, il tient son chapeau dans une main et le journal, sous le bras. La venue des jours plus doux ravive la tendresse. La barque plisse la surface du lac inoffensif. On pourrait croire en un instant de bonheur.

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