Dans l'appartement toutes fenêtres ouvertes sur l'océan, le départ est imminent.
La malle en bois de camphrier, béante, laisse voir deux manuscrits mal reliés, posés à plat sur le tas de vêtements.
De la fenêtre, les grands yeux noirs soulignés de cernes mauves suivent l'immensité vert-bleu jusqu'à son ultime limite, juste à l'endroit où elle se dissout dans l'atmosphère. La menue jeune femme aurait voulu franchir immédiatement cette ligne impalpable pour y capter l'ombre d'un avenir, à son avis, encore trop lointain. Une nouvelle fois, elle est partagée entre un désir véhément de se débarrasser du présent et une volonté incoercible de prolonger un passé récent qu'elle estime heureux. Ces états de transition nuisent à sa santé. La toux sèche secoue à nouveau son petit corps chétif. La fébrilité agace son sommeil, par nature, léger.

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