La ville a perdu de sa hargne. Insensiblement, ils l'absorbent, l'assimilent et finissent par lui trouver un certain charme. En dépit du vent parfois mordant, ils aiment flâner le long de ce fleuve boueux et actif, à contempler la multitude de sampans qui danse entre les bateaux à fort tonnage. Ils délaissent leur réduit mal éclairé pour aller se fondre dans la cohue qui serpente parmi les constructions de bois acajou de la vieille ville. Ils suivent les méandres d'un passage bâti au-dessus d'un plan d'eau et aboutissent dans un pavillon érigé en son milieu. C'est une très ancienne maison de thé. Dedans, il y fait sombre. A peine si l'on distingue les clients attablés autour de petites tables basses. Les têtes s'inclinent sur des tasses à thé en céramique bistre, aspirent lentement le liquide brûlant. L'atmosphère est étouffante.

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