Jun,

J'ai lié connaissance avec le fils de la propriétaire, enfant adorable aux très beaux grands yeux noirs, ne paraissant pas avoir plus de cinq ans mais mais déjà capable de m'enseigner des idéogrammes simples.
Ici, les moustiques sont si gros que j'ai l'impression de n'en avoir jamais vus avant.
Cette fois-ci, à la piscine, ma petite plaie à la main n'a pas guéri. Elle a enflé et me fait mal dès que j'y touche. En ce moment, je fais deux repas par jour, le petit déjeuner à un mao et le dîner à deux, ou alors, un mao cinq si je prends un petit pain ou une galette à midi. J'aurais aussi envie de manger des gâteaux mais d'être seule m' ôte tout désir de manger, de m'amuser et aussi de dépenser de l'argent. Tu vois, ici, je ne suis encore jamais allée dans un jardin public, pas plus qu'à Ginza qui est probablement un bel endroit, mais attendons un peu, lorsque je parlerai mieux le japonais, j'irai me promener partout.
Tu me dis que je prends du bon temps ! C'est ton avis, pas le mien , je ne fais que travailler, dormir, manger, ce qui n'est pas mal en soi, j'espère même travailler davantage. Or, je ne trouve pas cela suffisant, ce n'est pas une vie normale, j'ai l'impression d'avoir été bannie, de vivre en ermite. Tu n'es pas d'accord ? Si j'échangeais ma vie contre celle d'un autre, cela pourrait être le Paradis, non ? En réalité, j'y suis presque arrivée au Paradis.
Comment vas-tu ces temps-ci ? Tes lettres sont rares, est-ce que la mer a toujours cette couleur bleue ? Cette transparence ? De grosses vagues ? Et le Mont Lao s'élève-t-il toujours aussi droit ? Mes questions sont trop nombreuses.
J'ai répondu à ta lettre du six, comment se fait-il que tu ne l'aies pas reçue ? Je n'ai pas commencé à écrire d'articles mais un grand nombre de lettres. A part une lettre à ton arrivée à Qingdao et une datée du seize, je n'ai rien reçu d'autre, et aujourd'hui, cela fait un mois et six jours que je suis là.
Je m'arrête et reprendrai demain.

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