Partir était devenu impératif et, bien que la situation se soit calmée, rester n'était plus possible, mais quel mois fallait-il le faire ? Disons mai !. Nous avions encore cinq mois devant nous, à la lueur de la lampe, nous faisions et refaisions nos comptes, tel ami nous prêterait tant d'argent, tel autre nous paierait la moitié des frais du voyage...D'un côté, nous envisagions le départ avec une sorte d'excitation, de l'autre, nous ressentions comme une déchirure me faisant trembler la main au moment de verser le thé.
"Allons à l'aventure ! Harbin n'étant plus notre maison, devenons des vagabonds !" Lang Hua leva sa tasse puis la reposa sans même avoir bu. Des larmes emplissaient déjà mes yeux. "A quoi bon avoir de la peine, Lao Qiao, ne sois pas triste. " "Mais que va-t-on faire de nos ustensiles de cuisine ?"dis-je en baissant la tête. "Tu es vraiment une gamine ! Qu'est-ce qu' on en a à faire du wok et des bols ?" Je baissai la tête, consciente d'être ridicule. J'esquissai une pirouette, mais mon chagrin était toujours là, et baissai la tête à nouveau. Le camarade Xu de la troupe de théâtre avait-il été relâché ? Ne l'avait-on pas aspergé d'eau froide ? Je l'imaginais arrêté, aspergé d'eau froide, battu avec un fouet en cuir, déjà plus un homme. Partons oui ! Nous devions absolument partir.
L'année 1935.

Texte traduit par Simone Cros-Moréa
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